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1988

Mouvements transfrontaliers des déchets dangereux : le cas de Koko, Nigéria

Article créé le 14 juillet 2015, dernière mise à jour 14 juillet 2015


Voir en ligne : Waste Dumpers Turning to West Africa

Ce que l’on appelle communément le "cas de Koko" (Koko Case) aurait bien pu ne jamais voir le jour. Il a en effet fallu que des étudiants nigérians en Italie, ayant lu un article issu de la presse locale de Pise, contactent leur gouvernement pour que l’affaire éclate au grand jour !

 Un traitement des déchets au rabais

C’est en 1988 qu’une journaliste freelance, Racaelli Gonalli, publie un article dans L’Unita, un journal basé à Pise, à propos de l’envoi au Nigéria de déchets toxiques provenant d’Italie. Il s’avère que c’est une entreprise italienne - Chain of Saint Antuan - spécialisée dans le "marketing" des déchets industriels toxiques et radioactifs, qui se trouve derrière tout cela.
Si l’on en croit ce que les journaux rapportent à l’époque, c’est une filiale de cette entreprise qui serait entrée en contact, dès 1987, avec un homme d’affaire italien basé au Nigéria, Gianfranco Raffaelli. Celui-ci aurait réussi à convaincre plusieurs autorités - dont la Société   Pharmaceutique du Nigéria et l’Ambassade italienne - de sa capacité à traiter de tels déchets. Raffaelli aurait ensuite pris contact avec un habitant de Koko pour lui proposer de stocker près de 10’000 barils dans un terrain lui appartenant, pour un prix de USD 100.- par mois. Pour mettre un tel chiffre en perspective, il faut savoir qu’en 1988, traiter une tonne de déchets toxiques en Europe coûtait $ 2’500 ; en Afrique, à la même époque, ce prix a pu descendre jusqu’à $ 3.
Des travailleurs locaux ont alors été engagés pour décharger les barils, sans qu’ils soient informés de leur contenu. Ce n’est que plus tard qu’ils ont appris qu’ils contenaient des résines, des solvants et des pigments hautement dangereux pour la santé  . Plusieurs d’entre-eux ont dû être hospitalisés pour brûlures chimiques ou nausées.
Les habitants de Koko n’ont pas non plus été informés du danger. Selon plusieurs sources, un certain nombre de barils, une fois vidés de leur contenu, auraient été utilisés par la population locale pour cuisiner ou stocker de l’eau  . Un responsable de l’hôpital de Koko a imputé 7 naissances prématurées au cours du mois de juillet 1988 à la haute toxicité du site.

C’est donc un article en apparence anodin qui a révélé toute l’affaire au grand public, et surtout aux autorités compétentes en Italie et au Nigéria. Après des négociations ayant mené jusqu’à la saisie d’un bateau italien à Lagos par les autorités nigérianes, le gouvernement italien a accepté de payer pour le rapatriement des déchets en Italie.

 Dénouement en Italie

C’est en juillet 1988 qu’il a finalement été décidé que les déchets devaient retourner en Italie. Alors que deux bateaux étaient en route - le Deepsea Carrier et le Karin B - la nouvelle s’est répandue en Italie. Des protestations, grèves et blocages ont alors eu lieu dans les trois ports identifiés par le Ministre de l’Environnement   italien comme susceptibles d’accueillir ces bateaux : Livourne, Ravenne, et Manfredonia.
Les deux navires ont finalement pu décharger leur cargaison à Livourne. Le Karin B en décembre 1988. Ce n’est qu’en août 1989 que le Deepsea Carrier pu décharger sa cargaison, après que le navire ait été maintenu à distance avec ses marins séquestrés à bord.

Les conséquences et les sanctions liées à ce cas restent aujourd’hui encore floues. 54 personnes ont été mises en détention au Nigéria, notamment des officiels des douanes et de l’immigration qui auraient facilité la fuite de Raffaelli, dont il est impossible de retrouver la trace. Sunday Nanna, le propriétaire du terrain où ont été entreposés les déchets a été relâché lorsqu’il a été établi qu’il ignorait tout du contenu des barils.

 Convention de Bamako

Il faut encore souligner que le cas de Koko est mentionné dans la 1ère Conférence des Parties à la Convention de Bamako. Cette Convention porte sur l’interdiction d’importer en Afrique des déchets dangereux et sur le contrôle des mouvements transfrontaliers et la gestion des déchets dangereux produits en Afrique. Elle se veut une réponse à l’article 11 de la Convention de Bâle qui encourage les Etats à conclure des accords bilatéraux, multilatéraux et régionaux sur les déchets dangereux pour aider à réaliser les objectifs de la convention.

Sources :

Pour en savoir plus :